
RIC (VII) 28 Alexandrie

RIC (VII) 35 Antioche

RIC (VII) 15 , Cyzique

RIC (VII) 52 , Héraclée

RIC (VII) 44, Nicomédie
description de l’avers : Buste lauré drapé et cuirassé regardant à droite et portant une couronne radiée
A/ IMP C VAL LICIN LICINIVS P F AVG (1) Imperator Caesar Licinius Pius Felix Augustus
A/ IMP C FL VAL CONSTANTINVS P F AVG (2) Imperator Caesar Flavius Valerius constantinus Pius Felix Augustus
A/ D N VAL LICIN LICINIVS NOB C (3) Dominus Noster Valerius Licinianus Licinius Nobilissimus Caesar
A/ D N FL IVL CRISPVS NOB CAES(4)Dominus Noster Flavius Julius crispus Nobilissimus Caesar
A / D N FL CL CONSTANTINVS NOB C(5) Dominus Noster Flavius Claudius Constantinus Nobilissimus Caesar
A/ IM CS MARTINIANVS P F AVS(6) Imperator Caesar Martinianus Pius Felix Augustus
(note 1)
A/ D N M MARTINIANVS P F AVG (7)Dominus Noster Marcius Martinianus Pius Felix Augustus
A/ D N M MARTINIANO P F AVG(8)Dominus Noster Marcius Martinianus Pius Felix Augustus
(note 2)
A/ D N MARTINIANVS P F AVG (9)Dominus Noster Martinianus Pius Felix Augustus
note 1 : Sur les monnaies de Cyzique , la titulature de termine par AVS au lieu d’AVG d’Augustus et on trouve souvent MARTINIANVΓ au lieu deMARTINIANVS, ce qui semble indiquer qu’elles ont été émises précipitamment
note 2 : Légende au datif, indiquant qu’elles ont peut être été émises en l’absence de Martinien
Description du revers : Jupiter nu debout à gauche tenant dans sa main droite une victoire montée sur un globe brandissant une couronne . Tenant dans sa main gauche , un sceptre surmonté d’un aigle . A ses pieds à droite,un aigle tenant une couronne dans son bec et à sa gauche un captif assis, les mains liées dans le dos
R/ IOVI CONSERVATORI / – X/IIΓ (*)
(*) pour des raisons de police de caractère , j’ai utilisé Γ , qui me semblait graphiquement le plus proche du S de semi en cursive romaine ancienne.
Tableau des ateliers
| Alexandrie RIC 27 à 33 | Antioche RIC 34 à 36 | Cyzique RIC 14 à 19 | Héraclée RIC 51 à 55 | Nicomédie RIC43 à 50 | |
| LICINIUS I (1) | (A,B) | ( A,B,Γ,Δ,є, ς, Z,H) | ( A,B,Γ,Δ) | ( A,B,Γ,Δ) | ( A,B,Γ,Δ) |
| CONSTANTIN I (321-322) (2) | (A,B) | ( A,B,Γ,Δ,є, ς, Z,H) | ( A,B,Γ,Δ,) | ( B,Γ) | ( A,B,Γ,Δ) |
| LICINIUS II (3) | (A,B) | ( A,B,Γ,Δ,є, ς, Z,H) | ( A,B,Γ,Δ,) | ( A,B,Γ,Δ) | ( A,B,Γ,Δ) |
| CRISPUS (4) | (A,B) | ( A,B,Γ,Δ,) | ( A,Γ) | ( B,Γ) | |
| CONSTANTIN II (5) | (A,B) | ( A,B,Γ,Δ,) | ( A,Γ) | ( A,Γ,Δ) | |
| MARTINIEN (324) | ( A) (7) | ( A,B,Γ,Δ) (6) ( B) (7) ( Δ) (8) | ( A,B,Γ,Δ) (7,8 ) ( B,Γ)(9) |
( A ) trouvées après la parution du RIC 7

Ces nummi furent frappés dans les cinq ateliers demeurés sous le contrôle de Licinius, à partir de 321 et jusqu’en 324 (1). Le nombre d’officines fut alors réduit par rapport aux émissions précédentes : à Antioche, par exemple, on passa de quinze à huit officines, où alors Cyzique où leur nombre fut réduit de moitié, passant de 8 à 4 .
Martinien, proclamé empereur dans l’urgence par Licinius Ier en 324, n’apparaît qu’à la toute fin de l’émission. On remarquera aussi la relative rareté des monnaies au nom de Constantin Ier (note 3), ce qui laisse supposer que la frappe à son effigie fut rapidement interrompue dès lors que les échanges entre les deux empereurs cessèrent.
note 3 : Sur le site https://www.nummus-bible-database.com/ , seulement 58 monnaies de Constantin I , dont un seul exemplaire pour Alexandrie, alors qu’il ya 38 monnaies de Martinien .
La ressemblance avec les néo-antoniniens de l’époque tétrarchique est sans doute volontaire, dans un contexte de tensions extrêmes entre Licinius Ier et Constantin Ier. En adoptant la couronne radiée, à l’imitation des antoniniens et néo-antoniniens encore probablement en circulation, Licinius cherchait peut-être à se rattacher symboliquement au fondateur de la Tétrarchie et à apparaître comme l’unique héritier légitime de l’Empire.

Dioclétien, néo-antoninien ( Cyzique , 295-299 ap J.-C)
Au moment de l’édit du Maximum promulgué par Dioclétien en 301, la valeur du néo-antoninien — ou fraction radiée de l’antoninien — était estimée à quatre deniers, avant d’être rapidement ramenée à deux deniers de compte (2)(3).
Que pouvait-on acheter avec une telle monnaie ? L’édit du Maximum (4) fournit notamment des indications sur les prix des denrées alimentaires et les salaires. Par extrapolation, on peut estimer qu’un pain de deux livres (environ 650 g) pouvait coûter une dizaine de deniers, soit l’équivalent de cinq néo-antoniniens. La faible valeur de cette monnaie s’explique par son pouvoir libératoire réduit et, par conséquent, par son très faible titre en argent (environ 0,13 %). Ce trait constitue d’ailleurs un autre point commun avec les monnaies émises vingt-cinq ans plus tard par Licinius.
En effet, les nummi de ce dernier ne contiennent pratiquement plus d’argent (5)(6). Ils sont composés d’un alliage cuivreux enrichi d’éléments secondaires comme l’étain ou le plomb, mais aussi — fait plus surprenant — de faibles quantités de fer. Cette présence de fer résulte sans doute d’une purification imparfaite du métal et témoigne vraisemblablement d’une fabrication réalisée dans l’urgence. Leur composition montre également qu’ils ne proviennent pas du même stock métallique que les émissions antérieures, lesquelles contenaient encore jusqu’à 4 % d’argent (5).
Reste alors la question de la valeur fiduciaire et libératoire de ces nouvelles monnaies.
Il pourrait être tentant de leur attribuer une valeur proche de celle du néo-antoninien de Dioclétien ; pourtant, plusieurs éléments montrent que cette hypothèse ne peut être retenue.
Dans l’édit du Maximum de 301, l’unité de compte demeure le denier. Si la marque X/IIΓ figurant au revers correspond bien à une valeur monétaire, celle-ci devait donc encore être exprimée en deniers. En admettant que X/IIΓ indique effectivement la valeur de la monnaie, soit 12,5 deniers — hypothèse proposée par P. Brunn puis reprise par P. Bastien —, il faudrait alors interpréter X comme représentant une valeur de 10 deniers et IIΓ celle de 2,5 deniers.
Cependant, le X étant placé au-dessus et non sur la même ligne que IIΓ, les deux termes pourraient également devoir être multipliés. Dans ce cas, le calcul effectué à l’aide d’un abaque conduirait à une valeur de 25 deniers.

Abaque à boutons mobiles , découvert à Autun
Les tableaux ci dessous présentent la dévaluation du titre du centenionalis taillé au 1/96 de la livre et les calculs simulant une inflation moyenne de 9 et 10 % sur une période allant de 301 à 321
| Date | Masse d’argent (mg) |
| 318 | 142 |
| 320 | 90 |
| 321 | 71 |
Dévaluation du titre du centenionalis
entre 318 et 321 (7 )



Si l’on met en parallèle la courbe de l’inflation et celle de la dévaluation du centenionalis, l’augmentation des prix semble avoir été en moyenne comprise entre 9 et 10 % par an avec peut être des fluctuations.
Ainsi, le pain de deux livres évoqué précédemment, dont le prix était estimé à 10 deniers en 301, aurait vu sa valeur multipliée par six en l’espace de vingt ans, atteignant environ 60 deniers. Une telle évolution rendait nécessaire une réévaluation de la valeur fiduciaire des monnaies, notamment de celles qui, comme les nummi radiés de Licinius, ne contenaient pratiquement plus d’argent.
Un autre élément essentiel doit également être pris en compte : la valeur intrinsèque en argent des monnaies.
| Date | Taille | Masse ( g) | Titre | mgAg | mgAg équivalent |
| 9/318 | 1/96 | 3,38 | 4,2 % | 142 | 174 |
| Fin 320 | 1/96 | 3,38 | 2,4 à 2,8% | 81 à 95 | 112 à 127 |
| 7/321 | 1/96 | 3,38 | 2,1 % | 71 | 104 |
| 318-324 orient | 1/96 | 3,38 | 0 % | 0 | 34 |
Tableau des masses et du titre des monnaies entre 318 et 324 (7)
La colonne Mg Ag équivalent nous est donné en additionnant la masse d’argent avec la masse des autres métaux qui constituent la monnaie et qu’on estime à 1/100 de la valeur de l’argent
mgAg équivalent = mgAg ( poids de la monnaies(mg) x (100 %-titre de la monnaie ) / 100 )
ainsi pour les nummi radiées de Licinius :
mgAg équivalent = 0 +( 3,38 x ( 100 % – 0 % ) / 100 )
= 0,34 g soit 34 mg
La valeur intrinsèque des monnaies émises par Licinius Ier entre 321 et 324 correspondrait ainsi au quart de celle des centenionales de la fin de l’année 320, dont la valeur était estimée à 100 deniers.
Cette estimation de 25 deniers apparaît donc cohérente avec l’interprétation de la marque X/IIΓ évoquée précédemment. La hausse des prix et la dépréciation du monnayage de billon se poursuivront ensuite, phénomène encore aggravé par l’afflux des stocks d’or orientaux saisis par Constantin Ier après sa victoire sur Licinius Ier (8).
Ces bronzes aux bustes radiés constituent le dernier témoignage du monnayage de Licinius Ier, mais aussi probablement l’ultime présence de Jupiter sur les monnaies romaines. En raison de leur composition métallique, ils ne se sont pas substitués aux autres monnaies en circulation ; leur faible valeur intrinsèque, accentuée par l’absence quasi totale d’argent dans leur alliage, les a exclus des dépôts monétaires constitués après l’arrêt de leur production (9). Ils demeurent néanmoins relativement fréquents aujourd’hui, en particulier pour l’atelier d’Alexandrie, qui est d’ailleurs le seul à avoir connu une modification de sa marque d’atelier (SMAL.A-B).
Sources bibliographiques :
(1) Patrick Bruun, The Roman Imperial Coinage vol VII
(2) Jean Lafaurie
Réformes monétaires d’Aurélien et de Dioclétien ,revue numismatique Tome 17 , 1975
(3) Pierre Bastien
Le monnayage de l’atelier de Lyon , De la réforme monétaire de Dioclétien à la fermeture temporaire de l’atelier en 316
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89dit_du_Maximum
(5) Isabelle Bollard, Jean-Noël Barrandon
Nouvelle contribution à l’étude du monnayage en bronze du IVe siècle après J.-C
Revue numismatique Tome 162, 2006
(6)Lawrence H Hope.
The metallurgical development of the roman imperial coinage during the first five
centuries A.D
(7) Shawn M casa. A handbook of late roman bronze coin types, 324-395
(8) Jean-Marie Carrié . Les finances militaires et le fait monétaire dans l’Empire romain tardif
(9) Claude Brenot, le trésor de Nebek, revue numismatique, 1972
